Un ballon collé au pied du gardien, deux centraux écartés à la largeur de la surface, un pressing adverse qui s’avance déjà : la scène se répète à chaque match, mais rares sont les équipes qui la transforment en arme offensive. Roberto De Zerbi en a fait sa signature, du Sassuolo au Brighton, avant de l’importer à l’OM. Décrypter cette sortie de balle, ce n’est pas se contenter d’admirer un style : c’est identifier un protocole reproductible, avec des repères simples par ligne, transposable à l’entraînement dès la semaine prochaine, y compris dans un 4-2-3-1 classique.
- La sortie de balle de De Zerbi vise à attirer le pressing adverse pour créer un homme libre plus haut sur le terrain
- Le gardien joue un rôle de passeur permanent, presque un dixième joueur de champ, appuyé par des centraux écartés et un double pivot en triangle
- La lecture du pressing adverse (1v1, 4-4-2, 4-2-3-1) détermine le choix entre sortie axiale, latérale ou renversement
- Un exercice type se joue à 16 joueurs sur 28×44 m avec 8 passes minimum avant de transmettre dans la zone adverse
- Les erreurs classiques (passes plates, distances trop longues, gardien sous-utilisé) se corrigent par des règles simples et une hiérarchie d’options claire
Table des matières
La sortie de balle selon De Zerbi, une stratégie pour dominer le pressing
Construire depuis l’arrière n’a rien d’anodin chez De Zerbi : c’est un choix assumé, presque provocateur, qui consiste à inviter l’adversaire à presser haut pour mieux le punir. La distinction entre « relancer » et « construire » est ici fondamentale. Relancer, c’est évacuer le danger par la solution la plus sûre. Construire, c’est utiliser la possession comme un outil pour créer des supériorités numériques par la passe, dans le seul but d’aller au but le plus rapidement possible une fois la brèche ouverte. Le jeu de position n’est donc jamais une fin en soi : la possession sert de levier pour déséquilibrer, pas de vitrine esthétique.
Le risque est réel et pleinement intégré au projet de jeu. En acceptant de faire circuler le ballon près de sa propre surface, une équipe s’expose à la perte immédiate et à un but concédé dans la foulée. Mais ce risque calculé a une contrepartie : il aspire le premier rideau de pression adverse, ce qui libère mécaniquement de l’espace derrière. C’est ce pari qui distingue une équipe qui « sort proprement » d’une équipe qui « sort avec ambition ».
Une évolution rendue possible par les règles
Un changement réglementaire a facilité cette approche : les défenseurs peuvent désormais recevoir le ballon à l’intérieur de leur propre surface de réparation lors d’un six-mètres, sans obligation de sortir immédiatement de la surface. Cette évolution a transformé la sortie de balle en phase de jeu ultra-analysée par les staffs techniques, où chaque duel, chaque angle de passe et chaque déplacement est étudié à la loupe.
Ce que l’équipe cherche à provoquer
L’objectif n’est pas seulement de conserver le ballon, mais de provoquer un déséquilibre chez l’adversaire :
- attirer les attaquants adverses sur un côté ou dans l’axe
- créer un décalage numérique temporaire (2 contre 1, 3 contre 2)
- faire apparaître un joueur totalement libre et face au jeu
- obliger le bloc adverse à courir dans le sens inverse de son pressing initial
Cette logique d’attraction volontaire du pressing constitue le socle sur lequel reposent tous les mécanismes suivants, à commencer par la triple séquence attirer, fixer, libérer.
Principes clés: attirer, fixer, libérer le troisième homme
Le mécanisme central de la sortie de balle version De Zerbi repose sur une séquence en trois temps, presque chorégraphiée mais qui doit rester lisible sous pression. Premier temps : attirer le rideau de pressing adverse en faisant circuler le ballon dans les 30 derniers mètres, souvent via de nombreuses passes de préparation entre le gardien, les défenseurs centraux et le double pivot. Deuxième temps : fixer une ligne adverse, généralement les milieux ou les attaquants qui pressent, en les obligeant à s’engager sur le porteur. Troisième temps : libérer le troisième homme, ce joueur resté dans le dos du pressing, souvent entre les lignes, qui reçoit face au jeu et peut immédiatement accélérer.
La combinaison défenseur central-numéro 10
Une séquence typique illustre bien ce principe : un défenseur central combine avec le joueur intérieur évoluant en soutien, le fameux numéro 10 qui vient chercher le ballon entre les lignes. Ce dernier remise très souvent vers l’un des deux joueurs du double pivot, qui se retrouve alors libre et face au jeu, dos tourné au pressing qu’il vient d’aspirer. Cette combinaison courte, répétée inlassablement à l’entraînement, devient un réflexe collectif plutôt qu’une improvisation individuelle.
Repères de prise d’information et de timing
Le troisième homme ne peut exister que si deux conditions sont réunies :
- le porteur initial doit orienter son corps pour voir simultanément l’option courte et l’option de rupture
- le joueur libéré doit ajuster son appel selon le rythme de la circulation, ni trop tôt, ni trop tard
Le renversement gauche-droite complète ce dispositif : quand le pressing coulisse d’un côté pour étouffer une zone, un changement d’orientation rapide punit ce déplacement collectif en trouvant l’espace laissé libre à l’opposé. Ces principes de circulation et de timing prennent tout leur sens une fois traduits en positions concrètes sur le terrain, à commencer par l’organisation de la première relance.
Organisation de la première relance: gardien, centraux et six en triangle
La sortie de balle démarre presque systématiquement du gardien, positionné sur sa ligne de six mètres, véritable relais et parfois surnommé gardien libéro tant son rôle dépasse la simple protection du but. Les deux défenseurs centraux s’écartent largement, souvent jusqu’à la limite de la surface, pour élargir le jeu et forcer les attaquants adverses à choisir entre presser large ou laisser une passe latérale.
Le rôle du double pivot
Le sixième de jeu, associé au numéro 8, forme avec les centraux un triangle de soutien. Trois variantes existent selon la situation :
- le double pivot positionné plus haut, entre les lignes, pour peser sur le bloc médian adverse
- une variante en double pivot très bas, quasiment aligné avec les centraux, pour attirer davantage l’adversaire et créer un surnombre immédiat
- un décrochage latéral du 6, à côté d’un central, pour former une ligne à trois provisoire
Ce choix dépend directement du système défensif adverse : contre un pressing agressif à deux pointes, le double pivot très bas crée une supériorité numérique quasi automatique. Contre un pressing plus attentiste, la position plus haute permet de fixer les milieux adverses sans s’exposer inutilement.
Défense à quatre ou à trois : une architecture qui s’adapte
En défense à quatre, les deux latéraux peuvent monter haut ou se replier en position de troisième central, selon que l’équipe cherche une supériorité positionnelle ou une supériorité numérique pure. En défense à trois, le schéma se simplifie : les trois centraux offrent nativement une base large, ce qui libère un des milieux pour venir se positionner en soutien immédiat du porteur.
Une philosophie proche, des nuances réelles
Cette recherche de supériorité par la sortie de balle rappelle d’autres écoles tactiques marquées par le jeu de position, où le gardien participe activement à la construction. La différence tient surtout dans le degré de risque accepté : certaines équipes privilégient une sécurité maximale avant de progresser, quand De Zerbi assume davantage l’incertitude pour aspirer plus franchement le pressing. Cette architecture de base ne prend son sens qu’une fois confrontée à la réalité du pressing adverse, qu’il faut savoir lire avant de choisir la bonne sortie.
Lire le pressing et choisir la bonne sortie: axe, côté ou renversement

Aucune sortie de balle ne fonctionne sans une lecture précise et rapide du pressing adverse. Cette lecture doit devenir un réflexe collectif, presque automatique, pour que chaque joueur sache instantanément quelle solution privilégier.
Face à un pressing individuel strict
Quand l’adversaire presse en un contre un sur chaque relanceur, l’espace libre apparaît généralement dans le dos du pressing individuel. La solution privilégiée est alors la passe intérieure directe vers le troisième homme, ou l’appui-remise rapide qui élimine un adversaire en une touche.
Face à un bloc en 4-4-2 médian
Contre deux attaquants qui couvrent l’axe, la supériorité numérique se crée naturellement grâce au double pivot bas, formant un surnombre de trois contre deux. La sortie latérale devient alors l’option privilégiée, suivie d’un renversement rapide dès que le bloc adverse coulisse pour couvrir le côté fort.
Face à un 4-2-3-1 adverse
Ce schéma, très fréquent chez les adversaires rencontrés, pose un problème spécifique : le numéro 10 adverse peut couvrir l’un des deux pivots, obligeant l’équipe en possession à trouver l’autre relais ou à faire jouer directement un central vers l’ailier qui décroche dans le demi-espace. Dans ce cas de figure, le jeu direct contrôlé, une passe plus longue mais toujours maîtrisée vers un point d’appui identifié, peut remplacer la construction courte si le pressing est trop dense dans l’axe.
| Configuration adverse | Solution privilégiée |
|---|---|
| Pressing individuel strict | Passe dans le dos, troisième homme |
| 4-4-2 médian | Sortie latérale puis renversement |
| 4-2-3-1 avec 10 couvrant un pivot | Central vers ailier en demi-espace |
Cette grille de lecture, une fois intégrée collectivement, doit ensuite se répartir précisément entre les postes pour devenir réellement opérationnelle sur le terrain.
Repères par poste: gardien, latéraux, milieux, ailiers et avant-centre
Chaque poste porte une responsabilité claire dans ce protocole de sortie de balle, et la moindre imprécision individuelle peut casser toute la mécanique collective.
Gardien et défenseurs centraux
Le gardien agit comme un véritable passeur, presque un aimant à pressing volontaire : en acceptant de recevoir sous pression, il attire un attaquant adverse et libère une option de passe. Les centraux, eux, doivent savoir écarter suffisamment pour élargir le jeu, tout en restant capables de recevoir dos au but pour remiser en une touche vers le pivot.
Latéraux et milieux en rotation
Les latéraux peuvent monter très haut sur la largeur, ou au contraire s’inverser vers l’intérieur pour venir densifier le milieu, selon le système choisi. Les milieux, souvent décrits selon la triple fonction 6-8-10, tournent en permanence : le 6 décroche, le 8 avance dans le demi-espace, le 10 vient chercher le ballon entre les lignes avant de le redistribuer.
Ailiers et avant-centre
Les ailiers ont un double rôle : écarter le jeu pour étirer le bloc adverse, puis rentrer dans le demi-espace pour devenir une option de troisième homme. L’avant-centre, souvent unique pointe dans un 4-2-3-1, fixe les centraux adverses avant de décrocher pour créer une supériorité numérique ponctuelle au milieu.
- gardien : passeur, attire le pressing
- centraux : écartement, remise en une touche
- latéraux : largeur ou inversion selon le système
- milieux : rotations 6-8-10 constantes
- ailiers : écartement puis demi-espace
- avant-centre : fixation et décrochage
Ces responsabilités individuelles doivent s’articuler dans des schémas collectifs cohérents, dont le 4-2-3-1 reste l’un des plus représentatifs.
Schémas de sortie de balle: 4-2-3-1, 4-3-3 et sorties à 3
Le schéma en 4-2-3-1
Dans ce système, cité comme la structure la plus fréquemment utilisée, le double pivot forme la base de la sortie, avec le numéro 10 évoluant juste au-dessus, entre les lignes. La position de sortie de balle typique du 4-2-3-1 consiste à faire jouer les centraux vers l’un des deux pivots, qui remise ensuite vers le 10 pour accélérer vers l’avant. Ce circuit préférentiel exploite l’espace central que laisse souvent un adversaire organisé lui-même en 4-2-3-1, dont le 10 ne peut pas couvrir les deux pivots simultanément.
Le schéma en 4-3-3
Le 4-3-3 propose une architecture légèrement différente, avec un sentinelle unique devant la défense et deux numéros 8 en relais latéraux. La sortie de balle s’appuie alors davantage sur les diagonales entre le sentinelle et les 8, qui viennent alterner leur soutien selon le côté où se développe le pressing adverse.
La sortie à trois
Une troisième option consiste à faire descendre le 6 entre les deux centraux, ou à faire glisser un latéral très bas, pour former une ligne à trois temporaire. Cette variante offre une sécurité supplémentaire face à un pressing à deux pointes, tout en conservant la possibilité de basculer rapidement vers un 4-2-3-1 classique dès que la première ligne de pressing est franchie.
Ces schémas ne prennent véritablement corps qu’à travers une méthode d’entraînement rigoureuse, capable de les automatiser jusqu’à l’inconscient collectif.
Méthode d’entraînement: progressions et exercices pour automatiser la sortie

L’exercice de référence en jeu de position
Un exercice type mobilise 16 joueurs répartis en 4 équipes de 4, sur un terrain de 28 mètres de largeur pour 44 mètres de profondeur, avec une zone médiane de 4 mètres. Une équipe conserve le ballon avec l’appui de 2 jokers fixes, l’objectif étant de transmettre dans la zone occupée par l’équipe adverse. Une contrainte impose un minimum de 8 passes avant toute transmission, et le jeu au sol est obligatoire pour forcer la précision technique.
Rôles et règles de rotation
L’équipe qui défend organise 2 joueurs pour presser directement le porteur, tandis que 2 autres se positionnent dans la zone médiane pour intercepter une passe verticale. Dès que le ballon est récupéré, l’équipe qui vient de le perdre prend immédiatement la place de celle qui a intercepté, ce qui maintient une intensité constante et évite les temps morts.
Adapter l’organisation selon le système
L’organisation en possession reproduit généralement un dispositif à 4 défenseurs plus 2 milieux centraux, mais peut s’adapter à un système en 3 défenseurs centraux selon l’identité tactique du groupe. Cette flexibilité permet de travailler la sortie de balle quel que soit le schéma de base de l’équipe entraînée.
Progressivité et conditions de réussite
La difficulté de cet exercice augmente nettement face à un pressing intense, ce qui en fait un excellent indicateur de progression. L’amélioration passe par :
- la répétition régulière du même schéma d’exercice
- une mise en place méthodique des consignes avant chaque séquence
- une synchronisation progressive entre les lignes, du gardien jusqu’aux ailiers
Un chronomètre d’entraînement ou un plot de marquage peuvent aider à matérialiser les zones et les temps de passes
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Erreurs fréquentes et correctifs: sécuriser sans renier l’ambition
Les erreurs les plus courantes
Plusieurs erreurs reviennent systématiquement lors de la mise en place de ce protocole :
- passes plates jouées dans l’axe sans angle de soutien, immédiatement interceptables
- distances trop longues entre les lignes, qui cassent le rythme de circulation
- appels statiques des joueurs offensifs, qui ne créent aucune incertitude pour l’adversaire
- latéral bloqué sur la ligne de touche, sans solution de repli
- gardien sous-utilisé, transformant la sortie en simple dégagement
Les correctifs à appliquer
Chaque erreur appelle une correction précise et mesurable :
- exiger systématiquement un angle de soutien à 45 degrés pour chaque passe courte
- imposer une règle des 2 options minimum avant chaque transmission
- prévoir une sortie de secours claire, généralement une passe longue vers l’avant-centre, en cas de pressing trop intense
- travailler la hauteur des appuis pour permettre un contrôle orienté immédiat
Une nuance par rapport à d’autres écoles
D’autres approches du jeu de position privilégient une sécurité renforcée avant toute prise de risque, avec davantage de passes de sécurisation avant d’engager la verticalité. La version De Zerbi accepte un niveau de risque supérieur pour maximiser l’aspiration du pressing adverse, ce qui explique certaines pertes de balle dangereuses mais aussi des séquences offensives particulièrement tranchantes une fois le piège refermé. Cette gestion du risque en phase de construction trouve un écho direct dans la manière dont une équipe négocie ses phases arrêtées, notamment après un coup franc.
Lien avec les phases arrêtées: relancer proprement après coup franc
Un coup franc défensif proche de sa propre surface constitue une occasion supplémentaire d’appliquer les mêmes principes de sortie de balle. La préparation commence avant même la frappe : les défenseurs centraux s’écartent déjà, le double pivot se positionne en soutien, et le gardien reste disponible pour une remise en jeu courte plutôt qu’un dégagement automatique.
Coup franc direct et coup franc indirect
Il convient de distinguer clairement les deux situations. Le coup franc direct autorise une frappe directe au but, ce qui change la posture défensive adverse et peut créer des espaces différents lors de la remise en jeu. Le coup franc indirect, lui, nécessite obligatoirement une seconde touche de balle avant que le but ne puisse être validé, ce qui incite naturellement à privilégier une passe courte vers un coéquipier plutôt qu’une frappe directe.
Consignes pour enchaîner vers une sortie structurée
Dans les deux cas, la posture du corps du joueur qui prépare son coup franc doit rester neutre pour ne pas trahir son intention. Une fois la balle remise en jeu courte, l’enchaînement suit exactement les mêmes principes que la sortie de balle classique : attirer un adversaire proche, fixer une ligne, puis chercher le troisième homme libre pour relancer la possession dans de bonnes conditions.
FAQ
Comment travailler la sortie de balle de football ?
Elle se travaille par des exercices de jeu de position ciblés, comme un dispositif à 16 joueurs sur terrain réduit avec un minimum de passes imposé, en insistant sur les rotations du gardien, des centraux et du double pivot pour créer des supériorités numériques et libérer un joueur face au jeu.
Comment Guardiola gère-t-il les sorties de balle ?
Son approche partage la même base de jeu de position et d’implication du gardien dans la construction, mais privilégie généralement une sécurisation plus poussée avant d’engager la verticalité, avec davantage de passes de préparation avant toute prise de risque marquée.
Comment frapper un coup franc correctement ?
Il faut distinguer coup franc direct, qui autorise une frappe directe au but, et coup franc indirect, qui impose une seconde touche avant de marquer ; dans les deux cas, la préparation collective doit anticiper l’enchaînement vers une relance courte et structurée.
Quelle est la position de sortie de balle dans le 4-2-3-1 ?
Le double pivot se positionne en soutien des deux centraux écartés, tandis que le numéro 10 évolue entre les lignes pour réceptionner la remise et lancer la progression vers l’avant, exploitant l’espace central souvent laissé par un adversaire organisé de la même manière.
La sortie de balle façon De Zerbi n’a rien d’un dogme figé : c’est un protocole vivant, fait de repères précis par ligne, adaptable au 4-2-3-1 comme au 4-3-3, et qui ne vaut que par la répétition méthodique à l’entraînement.






